JPL Logo JPL Presents

Une fondation inspirée

Pendant près de 1000 ans, la langue yiddish a été une partie intégrante de la vie juive ashkénaze. Langue orale et communautaire à ses débuts, le yiddish a connu un tel développement qu’au XVIIe siècle, il a donné naissance à une littérature à la fois religieuse et séculière. Sous l’influence des Lumières européennes, les Lumières juives (fin XVIIIe siècle–XIXe siècle) ont vu, dès les années 1860, émerger une culture yiddish moderne, dont la croissance s’est poursuivie jusqu’au début de la Seconde Guerre mondiale. En 1978, un peu plus d’un siècle plus tard, le yiddish acquiert une grande renommée dans la diaspora : l’écrivain yiddish Isaac Bashevis Singer reçoit le prix Nobel de littérature. De nos jours, les nouvelles générations continuent de s’intéresser au yiddish.

Chez les écrivains d’Europe de l’Est, l’apparition de la modernité engendre une diversité de réponses sur les plans idéologique, politique et culturel. Les idéologies juives modernes, centrées sur le « peuple », la « nation » et la « culture », reflétaient l’esprit de l’époque; de plus, ces concepts mobilisaient l’attention de nombreux pays européens. La renaissance de l’hébreu en tant que langue moderne et la volonté d’élever le yiddish au rang de langue littéraire et nationale ont été les temps forts de cette période marquée par le développement d’une identité juive moderne. En tant que lingua franca de la vaste majorité des Juifs d’Europe centrale et de l’Est, le yiddish devient le vecteur de nombreux courants politiques. La reconnaissance et la valorisation de l’histoire, de l’héritage culturel et de la langue des Juifs deviennent alors un enjeu primordial dans ces courants modernes.

 Chacun de ces courants fonde ses propres institutions : bibliothèques, écoles, associations de théâtre, orchestres ou journaux. Les bibliothèques jouaient un rôle déterminant dans leur développement et leur attrait. Les populations juives y découvraient la littérature mondiale traduite en yiddish ainsi que les littératures yiddish et hébraïque émergentes. En Europe de l’Est, ces bibliothèques étaient très souvent logées dans une armoire au fond d’une petite pièce ou dans un appartement privé; comme elles étaient illégales, elles étaient souvent cachées.

 Pour créer un nouveau monde et participer à son développement, tout individu devait s’éduquer. Il devait se connaître lui-même et comprendre le rôle qui lui revenait. Les Juifs de Montréal désiraient créer un espace propice à l’épanouissement de la culture yiddish. La BPJ, ou Di yidishe folks-biblyotek, chérissait ce vœu, que des membres et des dirigeants dévoués ont exaucé avec passion en s’inspirant d’une ère recelant des possibilités illimitées.